Guide pratique de l'IA pour dirigeants (Claude, ChatGPT et Gemini)

Par Patrik Rouault · Publié le 13 octobre 2026 · Mis à jour le 13 octobre 2026

1. À quoi sert l'IA dans le travail d'un dirigeant ?

Dans la direction d'entreprise, l'IA sert à cinq familles de tâches qui occupent une bonne partie de la semaine : lire, préparer, écrire, analyser et automatiser. Dans tous les cas, le principe est le même : l'IA produit une première version, et vous la relisez. Pour vos premiers essais, utilisez des documents fictifs ou que vous êtes autorisé à partager ; la partie 5 explique pourquoi.

Lire et synthétiser. Rapports longs, contrats, procès-verbaux, fils d'e-mails interminables. L'IA ne remplace pas la lecture de l'essentiel, mais elle vous dit où il se trouve. Exemple : vous chargez le rapport trimestriel d'une filiale et demandez une page avec les points clés, les risques et les questions ouvertes, chacun avec la page de l'original où le vérifier.

Préparer. Comités de direction, rendez-vous clients, entretiens. Vous donnez le contexte, l'IA vous renvoie un déroulé : objectifs, points à traiter, objections probables, questions à poser. Exemple : un projet configuré pour préparer vos comités, avec le contexte, les objectifs et les limites déjà définis, que vous réutilisez chaque mois. Il est détaillé pas à pas dans la partie 3.

Écrire. E-mails délicats, notes internes, propositions, communiqués. L'IA produit une première version dans le ton que vous lui indiquez ; vous décidez de ce qui reste. Exemple : vous devez annoncer une réorganisation à votre équipe. Vous donnez le contexte, ce qui ne peut pas encore être dit et le ton recherché, et vous demandez deux versions : l'une directe, l'autre plus explicative.

Analyser. Tableaux de données, comparatifs de fournisseurs, scénarios. Demandez-lui d'expliquer ses calculs : vous pouvez ainsi relire la démarche qu'elle présente. Mais la vérification, c'est vous qui la faites : chiffres, unités, taxes et formules, dans les documents d'origine ou dans un tableur. Exemple : vous transformez trois offres de fournisseurs en un tableau avec les mêmes critères (prix, délais, conditions, risques) et vous demandez ce qui manque dans chacune.

Automatiser. Les tâches que vous répétez chaque semaine selon le même schéma. Exemples : un assistant qui transforme les notes d'une réunion en compte rendu et prochaines étapes, ou une automatisation simple qui trie les e-mails et prépare des brouillons de réponse.

Dans mes séances, ce qui bloque le plus les dirigeants n'est pas de douter que l'IA puisse les aider : c'est de ne pas savoir par où commencer. Le plan pour démarrer se trouve dans la partie 6.

2. Qu'est-ce qu'un AI mindset ?

Développer un AI mindset, c'est savoir quoi demander à l'IA, à quel outil et avec quelles limites, dans votre propre travail. Ce n'est pas une compétence technique : c'est une habitude de travail qui se construit avec trois réflexes.

Donner du contexte. L'IA ne sait pas qui vous êtes, quelle entreprise vous dirigez ni ce que vous cherchez. Plus le contexte est précis (secteur, interlocuteur, objectif, contraintes), meilleur est le résultat. Quand une réponse déçoit, relisez d'abord votre demande : contenait-elle tout le contexte nécessaire ? Si oui, et que le résultat reste mauvais, l'outil a peut-être mal lu le document, ou la tâche ne lui convient pas.

  • Sans contexte : « Écris-moi un e-mail pour un client mécontent. »
  • Avec contexte : « Je dirige une entreprise de services B2B. Un client important se plaint d'un retard de deux semaines sur une livraison. Nous voulons le garder, reconnaître l'erreur sans accuser l'équipe et proposer une solution concrète. Ton sobre, 150 mots maximum. »

Vérifier. L'IA peut produire des textes convaincants et faux. Chiffres, noms, citations et dates se vérifient toujours à la source. Une bonne habitude : lui demander d'où vient chaque donnée, puis vérifier que cette source existe et dit vraiment ce que l'IA affirme.

Itérer. La première réponse est un brouillon. On l'améliore en demandant des changements précis : plus court, un autre ton, un autre angle, un tableau plutôt qu'un texte. Si le résultat ne convient pas, mieux vaut reformuler la demande avec plus de contexte que la répéter telle quelle.

Et une règle qui résume les trois :

Le temps que vous gagnez dans l'exécution, vous devez en réinvestir une partie dans la préparation et la relecture.

3. Pourquoi un projet configuré vaut-il mieux qu'un prompt ?

Pour une tâche qui se répète, un projet bien configuré vaut mieux que cent prompts isolés, parce qu'il garde votre contexte, vos objectifs et vos limites, et les réutilise à chaque fois.

Les trois outils permettent de créer ce type d'espace de travail, même en version gratuite, avec des limites : les Projets dans Claude, les Projets dans ChatGPT et les Gems dans Gemini (Claude, ChatGPT, Gemini). Le principe est le même, même si les fonctions varient d'un outil à l'autre : au lieu de réécrire le contexte à chaque conversation, vous l'écrivez une fois, ajoutez les documents de référence et fixez les règles.

Exemple pas à pas : un projet pour préparer votre comité de direction.

  1. Contexte. Qui vous êtes, quelle entreprise, qui participe au comité, quels sujets reviennent.
  2. Documents. L'ordre du jour type, les derniers procès-verbaux, les indicateurs que vous suivez.
  3. Objectif. « Prépare-moi chaque mois un déroulé de comité : trois priorités, les risques, les décisions en attente et des questions pour chaque responsable. »
  4. Limites. « N'invente pas de chiffres : si une donnée n'est pas dans les documents, indique-la comme en attente. »
  5. Usage. Chaque mois, vous ajoutez les nouveautés et demandez le déroulé. En quelques minutes, vous avez une première version à relire.

Les instructions du projet peuvent ressembler à ceci :

Tu es mon assistant pour préparer le comité de direction mensuel de [entreprise]. Y participent [fonctions]. Utilise uniquement les documents du projet et ce que je t'indique dans chaque conversation. Livre toujours : trois priorités, les risques, les décisions en attente et une question pour chaque responsable. S'il manque une donnée, écris « en attente » ; ne l'estime jamais. Ton direct, une page maximum.

Avant de charger des documents dans un projet, vérifiez que vous pouvez les partager et à quelles conditions : c'est expliqué dans la partie 5.

Un exemple personnel. Chaque semaine, j'utilise un projet configuré pour préparer mes publications LinkedIn :

  • Contexte : une base de connaissances avec ma voix (précise, orientée résultats, qui remet en question les idées reçues), mes formats de publication et mes thèmes.
  • Instructions réutilisables : quelques commandes fixes : réécrire un texte, transformer une actualité en publication, transformer une idée en publication, chercher de nouveaux angles.
  • Usage : avec une seule instruction, par exemple « texte à partir de cette actualité », j'obtiens un brouillon dans mon format.
  • Limites : une dernière relecture obligatoire qui supprime les phrases creuses, et aucune donnée sans source vérifiée. Pour une publication sur la facturation de l'IA à l'usage, je n'ai utilisé la citation d'un dirigeant du secteur qu'après l'avoir vérifiée dans la source d'origine.
  • Ce que je continue à faire moi-même : je choisis le sujet, j'ajuste l'angle, je réécris la phrase d'accroche et je décide de publier ou non. Le projet prépare ; la publication m'appartient.

4. Claude, ChatGPT ou Gemini : qu'apporte chacun ?

Les trois outils conviennent au travail d'un dirigeant ; la différence tient à l'usage que vous faites de chacun et à l'environnement de votre entreprise.

Claude est au centre de mon travail. Je l'utilise pour rédiger, analyser des documents longs et travailler avec des projets configurés par tâche. Il propose des projets, la recherche sur le web et des connecteurs vers d'autres outils, dont un pour Microsoft 365, disponible sur toutes les offres avec un compte Microsoft professionnel autorisé par l'administrateur de votre entreprise (source). Avec Claude Cowork et Claude Code, j'enchaîne aussi des tâches en plusieurs étapes sur mes fichiers.
Choisissez-le si votre travail consiste surtout à écrire et à analyser des documents, et que vous voulez l'organiser par projets.

ChatGPT propose des projets dans toutes ses offres, y compris partagés avec d'autres personnes. Selon l'offre, il ajoute des GPT que vous pouvez créer et partager, des tâches programmées et une recherche approfondie pour des rapports avec sources (source).
Choisissez-le si votre entreprise l'utilise déjà, ou si vous voulez programmer des tâches récurrentes et partager des projets avec des collaborateurs.

Gemini propose les Gems et Deep Research dès la version gratuite, ainsi que Gemini Notebook (anciennement NotebookLM) pour travailler sur vos propres sources. Dans les offres payantes à partir de Google AI Pro, et dans Google Workspace selon la configuration de votre entreprise, il s'intègre à Gmail et Docs (source).
Choisissez-le si votre entreprise travaille avec Google Workspace ou si vos documents sont déjà dans Gmail et Drive : c'est le plus proche d'eux.

J'utilise les trois chaque jour et je compare leurs réponses sur les tâches importantes. Le comparatif détaillé, avec prix et tableau par tâche, se trouve dans Claude, ChatGPT ou Gemini : lequel choisir pour un dirigeant ou une entreprise ?

5. Que ne faut-il pas déléguer à l'IA ?

L'IA prépare, propose et rédige ; le dirigeant décide, valide et signe.

Les décisions. L'IA peut classer des options et des arguments, et même signaler les risques de chacune. La décision, et la responsabilité qui va avec, vous appartiennent.

Les données sensibles, sans avoir vérifié votre compte. Ce qui compte n'est pas de payer ou non, mais le type de compte et sa configuration :

  • Dans les comptes personnels Claude et ChatGPT, gratuits ou payants, l'utilisation de vos conversations pour entraîner les modèles dépend d'une option de refus que vous devez vérifier (Anthropic, OpenAI).
  • Dans les comptes personnels Gemini, cela dépend du paramètre « Conserver l'activité » : s'il est activé, Google peut utiliser votre activité pour entraîner ses modèles, avec l'aide d'examinateurs humains. Le désactiver n'efface pas tout : les nouvelles conversations sont conservées jusqu'à 72 heures, et celles qui ont déjà été examinées, ainsi que les commentaires envoyés, peuvent être conservés jusqu'à trois ans (source).
  • Dans les offres entreprise (Claude Team et Enterprise, ChatGPT Business et Enterprise, Google Workspace), les fournisseurs indiquent que vos données ne sont pas utilisées par défaut pour entraîner les modèles (Anthropic, OpenAI, Google).

Que le fournisseur n'utilise pas vos données pour entraîner ses modèles ne garantit pas, à lui seul, que vous puissiez les partager. Si un document contient des données personnelles, le RGPD exige notamment une base juridique, la limitation des données au nécessaire, un contrat de sous-traitance lorsque le fournisseur agit comme sous-traitant et, si les données sortent de l'Espace économique européen, des garanties pour ce transfert. Et un document sans données personnelles, comme une stratégie commerciale, peut rester confidentiel. Avant d'y mettre des informations clients, vérifiez sur quelle offre vous travaillez, comment elle est configurée et si vous pouvez les partager, et à quelles conditions. Anonymiser aide, mais retirer les noms ne suffit pas toujours : pour l'AEPD (l'autorité espagnole de protection des données), une donnée n'est anonyme que s'il n'existe pas de probabilité raisonnable d'identifier la personne. Le détail, avec ce qu'exigent le RGPD et le règlement européen sur l'IA, se trouve dans L'IA est-elle sûre avec les données de l'entreprise ?

La validation finale. Chiffres, noms, références juridiques, engagements : tout ce qui sort de votre bureau, vous l'avez vérifié.

Un cas réel : en préparant les contenus de ce site, une IA a attribué à une circulaire du Consejo General de la Abogacía Española (l'instance représentative de la profession d'avocat en Espagne) des obligations que le texte ne contient pas. Lue par un avocat, cette phrase aurait ruiné la crédibilité de la page. Nous l'avons repérée parce que la règle était de vérifier chaque affirmation dans la source officielle.

6. Comment commencer cette semaine ?

Commencez par une seule tâche répétitive et configurez-la bien, plutôt que d'essayer dix choses à la fois.

  1. Choisissez une tâche que vous faites chaque semaine et qui vous prend au moins une heure. De bons candidats : préparer une réunion récurrente, résumer les rapports que vous recevez, rédiger un type d'e-mail qui revient souvent.
  2. Choisissez un outil : celui que votre entreprise a déjà ou, à défaut, celui que vous préférez. L'important est de le garder pendant tout l'essai.
  3. Créez un projet avec le contexte, les documents et les limites, comme dans l'exemple du comité. Avant de charger des documents, vérifiez que vous pouvez les partager et à quelles conditions (partie 5).
  4. Utilisez-le trois semaines de suite et notez ce qui ne va pas : données manquantes, ton qui ne convient pas, format à refaire.
  5. Ajustez le contexte et les règles selon vos notes. Chaque ajustement reste enregistré dans le projet : vous n'aurez pas à le répéter.

Quand cette première tâche fonctionne, passez à la suivante avec la même méthode.

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7. Les erreurs fréquentes au démarrage

Ces erreurs ne sont pas techniques, mais de méthode, et se corrigent avec les trois réflexes de la partie 2.

Demander sans contexte. Une demande d'une ligne donne une réponse générique. Que faire : expliquez qui vous êtes, à qui est destiné le résultat, ce que vous cherchez et quelles sont les contraintes.

Croire la première réponse. Un texte bien écrit n'est pas un texte juste. Que faire : vérifiez chiffres, noms, citations et dates à la source avant de l'utiliser.

Abandonner après un mauvais résultat. Une réponse décevante ne prouve pas que l'outil ne sert à rien. Que faire : reformulez avec plus de contexte ; si cela ne marche toujours pas, essayez un autre outil ou traitez cette tâche autrement.

Tester dix outils à la fois. Changer d'outil chaque semaine empêche de construire une habitude. Que faire : choisissez-en un, configurez-le bien et gardez-le quelques semaines.

Copier des prompts trouvés sur internet. Un prompt écrit par quelqu'un d'autre ne connaît ni votre entreprise ni vos limites. Que faire : utilisez-le comme point de départ et transformez-le en projet avec votre propre contexte.

Sauter la préparation et la relecture. Demander directement, et livrer sans relire. Que faire : rappelez-vous la règle : le temps que vous gagnez dans l'exécution, vous devez en réinvestir une partie dans la préparation et la relecture.

8. Questions fréquentes

Version gratuite ou payante ?

Vous pouvez commencer avec la version gratuite : Claude et ChatGPT proposent des projets et Gemini des Gems, avec des limites de nombre de projets, de fichiers ou d'usage. Un abonnement payant élargit ces limites et ajoute des fonctions, comme la connexion à votre messagerie ou à vos documents selon l'outil. Pour travailler avec des données de l'entreprise, ce qui compte est le type d'offre et sa configuration.

Combien de temps faut-il y consacrer ?

Plus qu'un nombre de minutes, c'est la fréquence qui compte : utiliser l'IA chaque jour, sur toute tâche adaptée, de la plus simple à la plus importante, avec des informations que vous pouvez partager et en relisant toujours le résultat. C'est ainsi qu'elle devient un réflexe. Pour commencer, une seule tâche par semaine suffit, comme dans la partie 6.

Peut-on charger des documents de l'entreprise en toute sécurité ?

Cela dépend de l'offre et de sa configuration. Dans les offres entreprise de Claude, ChatGPT et Google Workspace, le contenu n'est pas utilisé par défaut pour entraîner les modèles, selon les fournisseurs. Dans les comptes personnels, il faut vérifier l'option de refus (Claude, ChatGPT) ou le paramètre « Conserver l'activité » (Gemini). L'absence d'entraînement ne suffit pas : s'il y a des données personnelles, le RGPD s'applique aussi, et un document confidentiel le reste. Pour les documents sensibles, travaillez sur des versions réellement anonymisées (retirer les noms ne suffit pas toujours). Plus de détails dans L'IA est-elle sûre avec les données de l'entreprise ?

Par quel outil commencer ?

Par celui que votre entreprise utilise déjà. S'il n'y en a aucun, choisissez-en un selon votre tâche principale (partie 4) et gardez-le quelques semaines avant de comparer.

Faut-il savoir programmer ?

Non. Les projets configurés, et même les premières automatisations, se font sans écrire de code.


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Sources : Claude — offres et tarifs, ChatGPT — tarifs, ChatGPT — Projets, Gemini — abonnements, Gemini — Gems, Claude — connecteur Microsoft 365, Anthropic — conditions des comptes Free, Pro et Max, AEPD — anonymisation et pseudonymisation et Centre de confidentialité des applications Gemini, consultées le 13 octobre 2026 · RGPD (règlement (UE) 2016/679) · Anthropic — utilisation des données pour l'entraînement, ChatGPT Business et Centre de confidentialité de l'IA générative dans Google Workspace, consultées les 9 et 10 octobre 2026.